dimanche, novembre 20, 2005

En attendant Jahed



Khalil Gibran, Le Prophète, extrait

Et un poète dit, Parle-nous de la Beauté.


Et il répondit:

Où chercherez-vous la beauté et comment la trouverez-vous si elle n'est pas elle-même votre route et votre guide ?
Et comment parlerez-vous d'elle si elle ne tisse pas elle-même votre discours ?

Les affligés et les offensés disent, « La beauté est douce et bonne. Comme une jeune mère un peu embarrassée par sa propre fierté, elle se promène parmi nous. »

Et les passionnés disent, « Non, la beauté est affaire de puissance et de terreur.
Comme la tempête, elle secoue la terre sous nos pieds et le ciel sur nos têtes. »

Les fatigués et les épuisés disent,
La beauté est un doux murmure. Elle parle en notre esprit.
Sa voix cède à nos silences comme une faible lumière qui tremble de peur devant l'ombre. »

Mais les inquiets disent, « Nous avons entendu ses cris dans la montagne,
Et un bruit de sabots, et des battements d'ailes, et des rugissements de lions accompagnaient ses cris.

Au soir, les gardiens de la cité disent, « La beauté se lèvera à l'est, avec l'aurore ».

Et à midi, les travailleurs et les voyageurs disent, « Nous l'avons vue penchée sur la terre par les fenêtres du soleil couchant ».

En hiver, ceux qui sont bloqués par la neige disent, « Elle viendra avec le printemps en bondissant par-dessus les collines ».

Et dans l'ardeur de l'été, les moissonneurs disent, « Nous l'avons vue danser avec les feuilles d'automne, et nous avons vu de la neige dans ses cheveux ».

De la beauté, vous avez dit toutes ces choses,
Alors qu'en vérité vous ne parliez pas d'elle mais de besoins insatisfaits,
Et la beauté n'est pas un besoin mais un ravissement.
Ce n'est pas une bouche assoiffée ni une main vide et tendue, Mais plutôt un coeur enflammé et une âme enchantée.
Ce n'est pas l'image que vous voudriez voir ni le chant que vous
voudriez entendre,
Mais plutôt l'image que vous voyez, bien que vous fermiez les veux, et le chant que vous entendez, bien que vous fermiez les oreilles.
Ce n'est pas la sève dans les sillons de l'écorce ni une aile rattachée à une serre,
Mais plutôt un jardin à jamais en fleurs et une volée d'anges à jamais en vol.

Peuple d'Orphalese, la beauté est la vie lorsque la vie dévoile son divin visage.
Mais vous êtes la vie et vous êtes le voile.
La beauté est l'éternité se regardant elle-même dans un miroir. '
Mais vous êtes l'éternité et vous êtes le miroir.


Huile sur papier, 32x56